Lait ou pas lait (That is the question)

Lait ou pas lait (That is the question)

Vous connaissez la polémique sur le lait et ses dérivés, n’est-ce pas? Vous rencontrez chaque jour des informations contradictoires sur sa consommation : il faut au moins trois produits laitiers par jours selon les uns, et aucun selon les autres, vu que c’est l’aliment pour des veaux. Comment y voir clair quand on nous bombarde avec toutes ces informations? Je vous propose de découvrir le cadeau de Clelia, qui a généreusement traduit un article de Mark Sisson, un des grands papes paleo, très pointu en nutrition et dans ces questions polémiques. Il y recense les 10 arguments communément avancé contre la consommation du lait de vache et examine les résultats des études à leur sujet.

“Ces dernières semaines, j’ai vanté avec enthousiasme les bienfaits des produits laitiers. Si vous venez de vous joindre à nous, vous pourriez avoir la fausse impression d’être tombé dans un congrès de l’industrie laitière. Vous pourriez croire que les couloirs de Mark’s Daily Apple sont devenus des rivières de kéfir sur lesquelles, en plein été, des bambins pagayent avec joie et insouciance. Je suis bien conscient des effets négatifs potentiels des produits laitiers et aujourd’hui j’aimerais explorer les arguments les plus couramment invoqués contre leur consommation. Allons-y !

1/ Grok* (NDLT : personnage fictif représentant notre ancêtre chasseur-cueilleur du paléolithique) ne buvait pas de lait. 

 

Grok sur le site de Mark's Daily Apple

C’est vrai, mais le raisonnement évolutionniste ne suffit pas à prouver pas qu’un aliment est bon ou mauvais pour nous – Il permet juste de proposer des hypothèses à tester ou à investiguer. On pourrait utiliser cet argument à l’encontre de la consommation de céréales, l’exposition nocturne aux sources de lumière artificielle, la vie sédentaire ou tout autre activité récente du point de vue de notre évolution. Il faut le tester.

Que retenir ? Le caractère relativement récent des produits laitiers dans notre alimentation soulève bien des préoccupations de santé, mais ne constitue pas en soi un argument percutant contre leur consommation.

2/ L’espèce humaine est la seule qui boive le lait d’autres mammifères.

Etrange argument. Voilà bien un comportement typiquement humain : nous faisons des choses qu’aucune autre espèce n’envisagerait de faire. C’est ce qui nous place au sommet de la chaine alimentaire. Nous sommes assez intelligents et dominants pour imposer notre volonté à la nature. Cela peut jouer contre nous – par exemple, si on pense à l’agriculture industrielle et aux graisses trans – ou nous servir – voyez les hominidés il y a 3 millions d’années qui se sont demandés « quel goût pourrait bien avoir la chair de ces animaux morts ? ». Cet argument, tout comme le précédent, ne fait que soulever des hypothèses.

Que retenir ? Notre capacité à modifier les normes de notre condition de mammifère n’est pas toujours mauvaise, ni bonne.

3/ Les laitages augmentent l’insuline 

Il est vrai que tant le lactose que les protéines laitières ont un effet insulinogénique semblable à de nombreuses sources glucidiques. J’ai
déjà couvert ce sujet dans un autre article il y a quelques années. Il s’avère que les pics d’insuline provoqués par les laitages ne semblent pas reliés à une augmentation de la masse grasse ou à de l’insulinorésistance chez les personnes en bonne santé, et que les études établissant un lien entre les laitages et la résistance à l’insuline recouraient à du lait écrémé ou allégé, plutôt qu’à du lait entier. Chez les athlètes, ces pics d’insuline pourraient en réalité favoriser la récupération après un entraînement. L’hyperinsulinémie, condition caractérisée par des taux chroniquement élevés d’insuline, est une autre histoire. Si vous êtes déjà résistant à l’insuline, les laitages pourraient en effet s’avérer problématiques. 
Que retenir ?L’effet insulinogénique des laitages est bénéfique pour certains groupes de la population (personnes minces, sensibles à l’insuline, athlètes ou individus recherchant la récupération musculaire), néfaste pour d’autres (insulino-résistants). Le contexte est ici capital.

 

4/ La bêtacelluline des laitages peut augmenter le cancer

La bêtacelluline est un facteur de croissance contenu dans le petit-lait. Elle joue un rôle majeur dans le développement de l’enfant. Dans plusieurs études in vitro, il a été démontré que la bêtacelluline isolée contribuait à la croissance de cellules cancéreuses. Cet argument a été assez bien déconstruit par Chris Masterjohn, ce dernier expliquant comment des études in-vitro similaires qui considéraient l’acide linoléique conjugué (ALC) (un acide gras trans particulièrement abondant dans les produits laitiers d’animaux ayant brouté de l’herbe) ont montré que l’ALC avait un effet inhibiteur sur l’activité pro-cancéreuse de la bêtacelluline; comment la plupart des études épidémiologiques n’ont pu établir aucun lien entre le lait du commerce et le cancer; comment certaines études ont démontré un lien entre la consommation de produits laitiers allégés et le cancer des ovaires et de la prostate, mais aucun lien avec les laitages entiers; et comment les graisses laitières sont en réalité associées à une réduction du risque de cancer colorectal.

Que retenir ? Si la bêtacelluline présente des tendances pro-cancéreuses, c’est probablement uniquement lorsqu’elle est prise de manière isolée et ne bénéficie alors plus de l’effet protecteur d’autres composés naturellement présents dans les laitages entiers tels que l’acide linoléique conjugué et les graisses saturées. Pour éviter cela, ne recourez qu’à des produits laitiers entiers d’animaux de pâturage.

5/ Les produits laitiers favorisent et augmentent le cancer

Loren Cordain et Pedro Bastos (aidés de plusieurs collaborateurs) ont publié un article très intéressant dans lequel ils suggèrent que le lait n’est pas juste un aliment mais un “système de signaux endocriniens” dont les différents composants – en particulier les protéines – stimulent la croissance hormonale propre à une espèce spécifique. Ainsi, le lait maternel serait parfait pour le développement des bébés humains, celui des vaches est idéal pour le veau, etc. Les protéines laitières stimulent la croissance en activant la voie mTOR et en stimulant le relâchement du facteur de croissance IGF-1. Corain et Bastos relient l’activation par les laitages de la voie mTOR et de l’IGF-1 avec le cancer de la prostate. Ils se réfèrent à des données in vitro et épidémiologiques mettant en évidence que la consommation de laitages à n’importe quel stade du développement (prénatal, post-natal immédiat, etadolescence) prédisposerait au développement d’un cancer plus tard dans la vie.

De manière générale, les taux de facteur de croissance IGF-1 sont élevés dans l’enfance – une période de développement rapide – et dans certains types de cancer – où un autre type de développement a cours, bien qu’indésirable. Vu que la consommation de protéines laitières est quasi constamment reliée à l’augmentation des taux de IGF-1, il est facile d’en conclure que les laitages augmentent le risque de cancer. Bon pour la croissance des corps, mauvais pour celle des cellules cancéreuses.

Doit-on alors déconseiller aux personnes présentant un risque de développer un cancer d’éviter les produits laitiers? Pas sûr. Cette étude montre qu’un supplément de protéine de petit-lait augmente la vulnérabilité des cellules cancéreuses à la chimiothérapie chez des patients avec un carcinome. Une autre étude a identifié différents rôles potentiels des protéines laitières dans la prévention du cancer. Pensons à l’histoire classique des rats de Campbell, dans laquelle une alimentation riche en caséine se révélait protectrice contre le développement du cancer induit par l’aflatoxine mais contribuait à sa progression une fois le cancer déjà initié.

La voie mTOR intervient dans la croissance musculaire, ce qui explique la popularité de la méthode GOMAD (a gallon of milk a day  NDLT : méthode de gain musculaire qui préconise la consommation de 3-4 litres de lait par jour en plus d’une alimentation normale) chez les personnes cherchant à augmenter leur force musculaire.

Que retenir ? Les laitages constituent un facteur de croissance, ce qui peut être bon (pour les muscles) ou potentiellement néfaste (le cancer, en particulier celui de la prostate lorsqu’il y a consommation de laitages à certains stades du développement). On ne sait pas vraiment si les laitages favorisent réellement la tumorigénèse ou s’ils favorisent la croissance du cancer une fois celui-ci déjà établi.

6/ Les produits laitiers augmentent la perméabilité intestinale : des protéines et d’autres composés bioactifs vont se retrouver dans la circulation sanguine, ce qui peut précipiter ou exacerber des maladies auto-immunes.


Pendant des années, j’ai entendu dire que “les produits laitiers augmentaient la perméabilité intestinale”. 
Après tout, une légère perméabilité de l’intestin du nourrisson lui permet d’absorber de plus larges molécules tel que le colostrum. Ca ferait sens que le lait augmente la perméabilité à cet effet. Mais il s’avère en réalité que le nourrisson a un intestin perméable par nature, et non pas à cause des laitages. Au contraire, il semble que les laitages diminuent la perméabilité intestinale. Je n’ai pas trouvé de recherches portant sur l’homme à ce sujet mais je suis tombé sur des études intéressantes avec d’étonnants résultats : 

Dans une étude sur des rats sujets au diabète, la caséine hydrolysée a restauré la fonction de barrière intestinale et a prévenu le diabète. Une recherche ultérieure a confirmé ces résultats. Il a été démontré dans une autre étude qu’un certain peptide de la caséine pouvait réduire la perméabilité intestinale et que la bêtalactoglobuline (une autre protéine contenue dans les laitages) avait des effets similaires sur le resserrement des jonctions intestinales. Pour finir, on a également établi qu’une substance contenue dans le petit-lait pouvait renforcer l’intégrité de la barrière intestinale.

Oui, j’ai été surpris aussi.

Ce qui ne veut pas dire qu’il n’existe aucun lien, même causal, entre la consommation de produits laitiers et le développement de maladies auto-immunes comme le diabète de type 1, mais la présence d’un intestin perméable est peut être une condition préalable. Ce qui concorderait avec l’observation que les personnes atteintes de diabète de type 1, de sclérose en plaques, d’arthrite rhumatoïde ou de n’importe quelle condition immune parfois associée à la prise de produits laitiers, ont une perméabilité intestinale plus élevée.

Que retenir ? Bien qu’il s’agisse d’études portant sur des rongeurs ou d’études in-vitro utilisant des composants isolés, les résultats semblent indiquer que les produits laitiers renforceraient l’intégrité intestinale. En cas d’intestin perméable, les protéines laitières peuvent passer au travers de la barrière intestinale et poser problème. Cependant, à ma connaissance il n’existe aucune étude démontrant qu’elles seules peuvent augmenter la perméabilité intestinale ou exacerber une condition autoimmune, en cas d’absence de perméabilité intestinale pré-existante.

7/ Les produits laitiers sont acides et peuvent mener à une perte de calcium osseux 

Je suis toujours resté sceptique face à cet argument. Dans la même veine, on peut dire que la viande a également une charge très acide pour le corps. Doit-on alors renoncer à la viande alors qu’il a été prouvé qu’elle améliore la densité minérale osseuse? De plus, une récente étude a prouvé que les produits laitiers ne rendaient pas le corps plus acide. Le lait et les produits laitiers “ne produisent pas d’acide dans le métabolisme et ne causent pas non plus d’acidose métabolique.” Sans oublier que les produits laitiers sont une source de calcium et de vitamines K2 –particulièrement dans le gouda- tous 2 étant d’importants co-facteurs dans le métabolisme osseux.

Que retenir ? La consommation de produits laitiers n’est peut-être pas nécessaire ni garante d’une bonne santé osseuse, mais elle ne semble pas avoir d’impact négatif.

8/ Les produits laitiers contiennent de larges quantités d’hormones bioactives qui auraient un impact négatif sur la santé.

Il est courant de nos jours de traire les vaches lorsqu’elles attendent leur petit afin de maximiser la production et, comme que le niveau d’oestrogènes augmente durant cette période, on peut raisonnablement s’attendre à trouver également un taux d’oestrogènes élevé dans les laitages. La majorité des études à ce sujet ont constaté la présence de certains oestrogènes dans les produits laitiers, le lait écrémé contenant la forme d’oestrogènes la plus biodisponible (il s’agit de l’œstrogène conjugué, le même genre qu’on utilise dans le traitement hormonal de substitution par voie orale). Pour la plupart, la quantité d’oestrogènes actifs semble trop faible pour avoir un impact physiologique. Nous avons déjà trop d’hormones en circulation pour être touchés par les sources alimentaires, dont certaines seront inhibées par la digestion.

Les protéines laitières augmenteraient le facteur de croissance IGF-1 chez certaines personnes (comme expliqué précédemment), mais il est difficile de savoir si ce sont réellement les IGF-1 présents dans les laitages qui ont un impact sur les taux sériques. Si ce sujet vous préoccupe, sachez que le processus de fermentation lactique réduit les taux de IGF-1. Ne recourez alors qu’aux produits laitiers fermentés tels que le yaourt, le kéfir ou le fromage (qui présentent en outre des bénéfices spécifiques pour la santé)

Que retenir ? Les taux d’hormones présentes dans les produits laitiers varient selon la méthode de production, si la vache attend un petit et… le hasard. La majeure partie des hormones dans les laitages se retrouve en quantité minime par rapport aux hormones endogènes circulant dans notre corps. Même avec l’intestin le plus perméable au monde, même si tout ce que nous absorbions se retrouvait directement dans notre sang, ces hormones n’auraient qu’un faible impact sur nos propres taux d’hormones.

9/ Les produits laitiers causent de l’acné

Chez les personnes dont l’acné est relié à des sensibilités alimentaires, les produits laitiers sont parmi les coupables les plus souvent cités (ainsi que le régime occidental de manière plus large). De récentes études ont suggéré un lien entre la consommation de lait écrémé et l’acné chez les adolescents, garçons (moins pour le lait entier) et filles. Le chercheur Bodo Melnik pointe du doigt les propriétés activatrices des facteurs mTOR/IGF-1 que l’on trouve dans les produits laitiers (et le régime occidental de manière globale). C’est un point incontestable de son argumentation.

Cependant, une récente étude a démontré que les produits laitiers fermentés enrichis à la lactofferine réduisaient la fréquence de l’acné, suggérant qu’ils n’étaient pas toujours les pires ennemis de la peau. Les produits à base de lait cru seraient plus bénéfiques que ceux à base de lait pasteurisé, étant donné que la pasteurisation détruit la lactoferrine naturellement présente dans le lait.

Que retenir ? Les laitages sont un facteur aggravant commun de l’acné et ça vaut la peine de les supprimer ou de les éviter si vous souffrez d’acné.

10/ L’albumine de sérum bovin ressemble au collagène humain de type 1 et augmenterait l’arthrite rhumatoïde via le mimétisme moléculaire

Les patients souffrant d’arthrite rhumatoïde semblent produire des anticorps à l’albumine de sérum bovin(ASB). Un participant à une étude de cas a observé un soulagement de ses symptômes avec l’arrêt du lait et les a vu réapparaître avec la reprise. Pourtant, un article plus récent a révélé que les anticorps au ASB n’étaient pas associés à la progression ni aux poussées d’arthrite rhumatoïde, donc on reste dans la théorie. J’imagine que le problème (s’il existe) est exacerbé en cas de perméabilité intestinale.

A retenir. Les personnes atteintes d’arthrite rhumatoïde pourraient essayer d’éviter les produits laitiers, au moins pendant une période de test pour voir comment cela affecte leurs symptômes. Un facteur de confusion est que l’albumine de sérum bovin se trouve aussi dans la viande bœuf (le muscle). Avis aux lecteurs concernés : avez-vous constaté un problème avec le bœuf ?

Mark Sisson


D
ans l’ensemble, il apparaît que les produits laitiers présentent des bénéfices et des risques selon différents facteurs tels que la santé intestinale, la sensibilité à l’insuline, le niveau d’activité physique, l’âge mais également la qualité et les différents types de laitages (je n’ai pas approfondi ici mais ça va de soi lorsqu’on aborde le sujet). Autrement dit, d’un cas à l’autre c’est extrêmement variable et personnel.”

 

Traduction de l’article de Mark Sisson par les soins de Clelia
(un grand merci encore pour le partage!)

Mark’s Daily Apple, http://marksdailyapple.com
source: http://www.marksdailyapple.com/10-common-arguments-against-dairy-consumption-explored/#axzz2onqqPNb5

 

 

 


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