Comment j’ai raté ma carrière de wonderwoman

Comment j’ai raté ma carrière de wonderwoman

 

Pendant longtemps je me suis comportée comme la wonderwoman imaginaire des magazines : une superbe femme (il faut comprendre : une femme qui soigne son apparence :-), toujours débordée, avec un job de rêve, une superbe maman de deux superbes petites crevettes, artiste, chercheuse, cuisinière et tout et tout (sauf astronaute) qui court partout. Le seul hic c’est que j’ai essayé de me conformer à un standard imaginaire, de me conformer aux règles, et que je me suis mise la pression toute seule d’être à la hauteur à tous les niveaux au lieu de simplement m’écouter et d’être moi-même.

Après la naissance de ma deuxième fille je ne me sentais pas à l’aise à l’idée de reprendre le travail. Mais des raisons financières et  mon entourage (tu as un super boulot, tu t’éclates, tu gagnes bien ta vie etc.) m’ont fait culpabiliser et finalement j’ai repris le travail à temps partiel. Et j’ai payé le prix fort pour ne pas avoir écouter mon cœur.

superwomanUn an après ma reprise je me suis retrouvée un matin incapable de me lever. Je le répète pour que vous compreniez : INCAPABLE DE ME LEVER. Oui je sais, difficile à imaginer, alors je vous le décris. Pas la force physique ni de me lever, ni de bouger le petit doigt, à peine la force de pleurer, en culpabilisant et en ne comprenant rien de rien. Je ne le savais pas encore, mais un épuisement total et général a pris le dessus sur mon corps, mon cœur et mon mental. Seules les personnes qui l’ont vécue peuvent comprendre par exemple l’angoisse de descendre dans la cuisine pour prendre le petit déjeuner car qui sais si je pourrais remonter les 14 marches pour me remettre au lit ; l’angoisse de mon mari quand je prenais la voiture pour me rendre chez mon médecin/inspection du travail/thérapeute ; la tête pleine d’idées noires et de brouillard permanent et le regard de mes enfants qui me faisait culpabiliser encore plus.

Après quelques mois, j’étais complètement écrasée par mes meules de pierre intérieures, comme réduite en poudre, il ne restait plus rien de mon ancien moi. Aucune certitude, aucune brique pour reconstruire quelque chose, aucune attache, aide, socle ou quelque chose à s’agripper pour remonter. Il fallait toucher le fond (de moi-même) pour pouvoir remonter.

Je pourrais vous décrire les méandres de mon propre enfer intérieur, mais le point est ailleurs.

Car ça m’a beaucoup apporté.

Eh oui, malgré tout, c’est l’événement de ma vie qui a fait tout basculer. J’ai arrêté de travailler. Après quelques mois, quand mon cerveau était de nouveau opérationnel,  j’ai recommencé à coudre, à lire, à réfléchir, à VIVRE, et même à être heureuse.

Aujourd’hui je prends le temps d’être qui je suis, je fais ce que j’aime faire. J’ai changé de métier. J ’ai appris que s’écouter et s’aimer n’a pas de prix, mais ce fut cher payé.

Aujourd’hui je suis la même femme, j’ai  un job de rêve, je suis la superbe maman de deux  petites sirènes, je suis artiste (j’ai même un blog de couture et je viens de commencer le crochet), je suis chercheuse en nutrition, mais ça vous le savez, vous lisez mon site :-), je suis cuisinière (voir mes recettes sur atelier-cuisine-bio.overblog.com) ( et je ne suis toujours pas astronaute).

Métamorphose

Métamorphose
Sculpture de Maria-Louise Bodirsky


Mais je ne suis pas une wonderwoman, je suis simplement humaine. Donc quand je suis 
fatiguée, je me repose. Quand j’ai faim, je mange. Et quand j’ai sommeil, je dors. Je fais du développement durable avec moi-même, c’est-à-dire que je prend soin de moi, parce que je peux prendre soin des autres uniquement si je suis en forme.

 

 

Vous êtes une wonderwoman ?
Ralentissez.
Respirez.
Reposez-vous.
Ressourcez-vous.
Cela pourrait éviter des catastrophes.

Avec mon expérience je connais les pièges de vouloir être parfaite. Par ma formation je sais ce qui peut faire sortir des gens du burn out lentement, mais sûrement. Et par ma spécialité je sais comment nourrir une personne épuisée.

Pour aller plus loin :

http://aliprovia.fr/tout-savoir/linsuffisance-surrenalienne-la-fatigue-chronique-le-burn-out-et-cie/

” La culte de performance revêt de nos jours un caractère impitoyable. [...]
Une femme doit désormais être une parfaite épouse ou compagne,
une maîtresse sexy, une mère de famille disponible, et, bien entendu,
il faut qu’elle soit aussi parfaitement accomplie sur le plan professionnel.
La pression est telle que, confrontée aux échecs, beaucoup s’effondrent.
Comme je l’ai déjà évoqué plus haut, la dépression est souvent la conséquence,
directe ou indirecte, de l’incapacité à atteindre les objectifs de performance
et de réalisation de soi que le société nous donne -
et que nous nous donnons aussi, sous l’influence des codes sociaux.”

Frédéric Lenoir dans le Petit traité de vie intérieure,Plon, 2010, page 140

 


Commentaires

  1. Aline says

    Merci d’avoir eu le courage de partager ton expérience avec nous. Cela m’émeut et me fait une bonne petite piqure de rappel!

    • aliprovia says

      Merci! :-) oui, je pense qu’on a toutes besoin une piqure de rappel de temps en temps, moi la première….
      Et, n’oublions pas, c’est en partie grâce à toi que je l’ai fait :-)

  2. AliProVia A la quête de l'harmonie entre tête et tripes - AliProVia

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